Les Beatles, le plus grand groupe de rock de l’histoire ? Bien évidemment, cette phrase pourrait paraître subjective sans argumentation à suivre. Il s’avère cependant que ce constat est très largement partagé. Alors je vous donne ici mes arguments pour affirmer ma pensée.

1) Originalité et nouveauté

Quand les Beatles débarquent avec leur premier album en 1963 (le groupe existe sous différentes formes depuis maintenant 5 ans), le paysage du rock et de la pop est celui-ci :

– En Angleterre, les musiciens anglais ont repris à leur compte le blues et le rockabilly importé d’Amérique. En matière de rockabilly, les principaux protagonistes sont Cliff Richard (avec les Shadows), Billy Fury, Vince Taylor ou Johnny Kidd. Joe Meek s’essaie à l’électronique avec succès. Le British Blues n’a pas encore explosé mais Eric Clapton, Jimmy Page et d’autres sévissent déjà. Les Stones sont formés.

– Aux Etats-Unis, les principaux artistes rock qui ont contribué à l’inventer à partir du blues et de la country sont temporairement ou définitivement partis : Elvis Presley, Little Richard, Chuck Berry, Buddy Holly. Ils ont (re) laissé place aux crooners. Certains courants vivotent cependant comme la surf music ou le power-chords de Link Wray. Le garage rock n’est pas si loin avec la reprise de Louie Louie des Kingsmen qui va venir cette année-là. Et puis il y a surtout la Soul qui est à son summum avec ses labels majeurs Atlantic et Motown.
Après avoir fait du rockabilly sous sa version anglaise qu’on nommait skiffle à la fin des années 50, les Beatles vont peu à peu façonner un son qui sera d’abord unique et qui va lancer le mouvement du Merseybeat de Liverpool. On sort du rockabilly sans renier l’énergie en pratiquant des mélodies plutôt empruntées à la soul : des mélodies plus personnelles, plus libres. C’est véritablement un son nouveau.
Album après album (12 en 7 ans), les Beatles ne cesseront s’apporter toujours quelque chose de nouveau, étant de ce fait en avance sur leurs contemporains. Les Beatles ont fait avancer le rock. Nombre d’artistes se réclament encore d’eux aujourd’hui. Ils n’ont jamais eu peur d’innover, de prendre des risques.

2) Capacité à s’ouvrir aux influences

Ils sauront intégrer tout ce qui se passe autour d’eux : l’écriture de Bob Dylan (You’ve Got To Hide Your Love Away), l’emploi de l’électronique dès 1966 (Tomorrow Never Knows), peut-être le premier titre hard-rock de l’histoire en 1968 (Helter Skelter). Ils ramèneront le son su sitar indien, grâce notamment à George Harrison, pour l’employer dans leur musique (Within You Without You). Les Beatles ont toujours cherché à faire avancer leur musique. Aucun album ne ressemble au précédent.

Ils se consacreront même définitivement à l’écriture à partir de 1966, laissant tomber les tournées qui ne les intéressent plus. En sortiront en 3 ans une succession d’albums magistraux : Revolver, Sgt Pepper, Magical Mystery Tour, le Double Blanc, Abbey Road.

3) Humour british

Je vous l’accorde, l’humour peut ne rien à voir avec la musique. Mais les Beatles étaient de bons clients en interview ce qui a pu leur donner de l’audience. Et ils ont ni plus ni moins inventé le cinéma anglais avec l’aide du réalisateur Richard Lester et leur film A Hard Day’s Night. En 1964, ce film donne à suivre 3 jours de la vie des Beatles, non sans loufoquerie typiquement british. Les Monthy Python ne sont pas loin.

4) Effet groupe

On a beau chercher, c’est la première entité du rock qui est une idole en tant que groupe. Elvis a été une idole dans les années 50, en solo. En Angleterre, il y a bien un groupe qui a du succès ; les Shadows. Mais ils sont aussi connus pour être le groupe qui accompagne Cliff Richard. Et surtout ce n’est pas un groupe qui déclenche les passions.

A Liverpool, les groupes s’appellent souvent par le nom du leader suivi du groupe : Rory Storm and the Hurricanes, Gerry and the Pacemakers. Bien sûr, les Beatles seront vite rejoints, mais ça a été le premier groupe-idole. Et ça compte.

5) Brian Epstein

Brian fut le manager des Beatles jusqu’à sa mort en 1967. C’était un businessman ayant du flair, sachant gérer une carrière du point de vue des relations publiques, ayant toujours une idée d’avance, ne laissant rien au hasard.

6) George Martin

Le producteur musical des Beatles a une solide formation en musiques classique et contemporaine. Il sait utiliser les dernières évolutions de la technique studio. Il est considéré comme le cinquième Beatles tellement sa patte se fait sentir dans leur musique. Je vais ici prendre l’exemple du single Strawberry Field Forever. A partir de l’idée de départ de John Lennon, George Martin a été au mins à l’origine de 3 apports : l’introduction aux cuivres qu’il a composée, la voix de John Lennon qu’il a eu l’idée de ralentir, et le rythme de Ringo Starr soutenu par au moins 3 batteries.

7) Lennon-Mc Cartney : l’alchimie parfaite

Le binôme a appris à écrire ensemble dès 1958. Si Lennon aura une plus forte influence sur les 5 premiers albums et Mc Cartney sur les 5 derniers (les 2 du milieu – Rubber Soul et Revolver – sont assez partagés), ils auront su la plupart du temps se compléter en faisant progresser les idées de l’un et de l’autre.

8) Harmonie vocale

Quand on parle d’alchimie, on peut aussi penser aux harmonies. Les Beatles n’avaient pas de chanteur attitré, ils en avaient 2 (voire 4). Et ont beaucoup chanté en harmonie flirtant avec les meilleurs groupes de gospels américains. Je prendrai l’exemple de Drive My Car.

Voici la bande-son des titres que j’ai cités (et quelques autres) !