Mods anglais sur un scooter customisé

Le mouvement Mods s’apparente à la communauté du même nom qui a connu ses grandes heures en Angleterre entre 1964 et 1966. Cependant, les premiers mods qui ne portaient pas encore ce nom sont apparus à la fin des années 50. Ils écoutaient le blues venu des Etats-Unis.

Mods d’emploi

Ce terme est la contraction du mot « modernist » qui s’oppose à tout ce qui est rétro. Ils ont peut-être été inspirés par d’autres communautés ; on peut citer les Teddy Boys anglais, amateurs de rock and roll américain et portant des vestes edwardiennes (en référence à Edouard VII) avec la fameuse banane en guise de coiffure. On peut citer les zootsuiters noirs américains pendant la deuxième guerre mondiale avec leurs larges vestes. Les mods se caractérisent par le rejet du passé et l’opposition aux parents. Ce sont des hédonistes qui sont les premiers jeunes à avoir un certain pouvoir d’achat : à 18 ans, beaucoup travaillent et habitent encore chez leurs parents. Tout leur argent passe dans les sorties, leur scooter et surtout leurs vêtements empruntés au style « Ivy League » (du nom du réseau des grandes universités américaines).

En termes de sorties, ces jeunes pour la plupart banlieusards viennent dans les clubs du centre et de l’est de Londres le samedi soir pour danser aux rythmes de la soul américaine et des groupes nationaux. Le samedi soir est sacré pour eux : c’est un mythe. Ils tiennent toute la nuit grâce aux amphétamines encore légales jusqu’en 1964. Ils préfèrent les artistes underground. Les Beatles et les Stones seront trop connus pour eux.

Mods : les codes

Le scooter italien, de marque Vespa ou Lambretta, est leur mode de transport préféré. Ces véhicules à 2 roues sont soigneusement entretenus et customisés avec des klaxons, des rétroviseurs en nombre, des phares, et parfois le nom de leur gang sur le pare-brise.

En ce qui concerne les vêtements, leurs tenues obéissent à des codes. On y trouve des pantalons taille basse, veste à 3 boutons, souvent sur mesure, chemises au col boutonné, chaussures en daim et la fameuse parka M 51 pour éviter de se salir. Ils suivent la mode française et surtout italienne.

Les mods comprennent plusieurs sous-catégories. Tout d’abord les « faces », les moins nombreux : ce sont les meneurs, ceux qui montrent la voie en matière de musique et de fringues. Les autres, les suiveurs, sont les « tickets ». Les filles s’appellent les « birds », elles même bien habillées, que l’on retrouve à l’arrière des scooters.

Brighton et les mods

Brighton est une ville du sud de l’Angleterre qui est souvent et à juste titre mêlée à la communauté. Lors du week-end prolongé du « bank holiday » en mai 1964, des centaines de mods sont venus y passer le week-end, descendant en scooter. La déferlante s’est passée sans trop d’encombres le samedi. Le dimanche, les choses se sont gâtées : combat avec des rockers (les ennemis des mods, amateurs de rockabilly des années 50) et avec la police, faisant régner une atmosphère d’anarchie. Ce week-end est le principal fait d’armes des mods. Aujourd’hui encore, Brighton est le théâtre de pélerinages de mods sur le retour, les bagarres en moins.

La musique des Mods

The Who est le plus connu des groupes mods. C’est l’archétype du groupe de rock qu’on retrouvera beaucoup par la suite : un bassiste, un batteur, un guitariste et un frontman. Au début des années 60, le groupe qui s’appelait The Detours puis The High Numbers jouait des reprises de soul et de blues. Le jeu dur et fort leur ont permis de se qualifier de « Maximum R&B ». Le groupe était un vrai groupe de scène produisant un show musclé et pratiquant l’autodestruction de ses instruments en guise de bouquet final. Le show le plus rock jusqu’alors. Ils ont écrit l’hymne de la génération justement appelé « My Generation ». C’est surtout Pete Townsend, le guitariste leader, qui était un mod. Roger Daltrey et John Entwistle étaient plutôt des rockers. Quant à Keith Moon, il aimait plutôt la surf music américaine.

The Kinks est un autre groupe important, celui qui a sans doute le plus parlé de Londres et de l’atmosphère qui y régnait. « You Really Got Me » est également un hymne.

The Small Faces est peut-être le plus mod d’entre eux, composé de 4 authentiques mods dont Steve Marriott, le leader.

Enfin citons The Action, un groupe confidentiel donc très respecté, qui jouait véritablement de la soul blanche, entre autres compositions.

Autres groupes et artistes : Easybeats, Brian Auger, Georgie Fame, Creation.

La fin d’une époque

A partir de 1967, le psychédélisme a le vent en poupe aussi bien en termes de look que de musique. Les cheveux poussent. Les groupes principaux comme les Kinks changent de registre. La musique évolue de la danse vers l’écoute. La soul, qui tombe en disgrâce à ce moment-là auprès des noirs américains, se démode. Les mods se divisent en deux catégories : ceux qui suivent l’évolution hippie et les nostalgiques qui deviendront des « hard mods » qui vont porter les cheveux très courts (voire rasés) en réaction à la mode des cheveux longs. Les hard mods vont donner naissance à une nouvelle communauté : les skinheads (à cette époque portés vers le multiculturalisme). Les bagarres vont se déplacer sur les stades de football.

Les DJ, artistes soul US, mods purs et durs se retrouvent dans le nord (Manchester notamment) dans des clubs à la dérive, avec des amphétamines. Pour les DJ, c’est la course aux titres top qu’ils seront les seuls à diffuser (esprit élitiste des mods). Des clubs deviennent « the place to be » où toute l’Angleterre va. C’est le temps de la « Northern Soul ».

Quadrophenia

Le disque des Who « Quadrophenia » et son livret de 40 pages photo sort en 1973, ce qui ravive la flamme chez les nouveaux jeunes. Le film sortira en 1979, véritable témoignage de l’année 1964, au plus fort du mouvement. Tous les codes y sont traités : la danse, les fringues, la musique, les bagarres. Le film devient culte dès sa sortie et l’est toujours aujourd’hui. C’est le testament des mods.

Quadrophenia marque le début du revival mod remis au goût du jour de la fin des années 70. Les scooters ressortent mais les codes changent, les artistes adoptent le style « be bopper » des jazzmen américains des années 50 avec leurs cravates et lunettes noires. La musique se teinte de ska et se mélange avec le punk. The Jam, fondé en 1972, est le groupe le plus important de la période, porté par son leader Paul Weller.

Les mods aujourd’hui

Les mods des années 60 n’existent plus, les temps ont changé. Pourtant, nombre d’artistes anglais s‘en réclament toujours, surtout musicalement. Les années 64-66 en Angleterre ont vu la fabrication de la bande son du pays pour 50 ans si on y ajoute celles des Beatles et des Stones. Que sont Oasis et Blur si ce n’est des groupes mods des années 90 ? Les marques anglaises adoptées par les mods, puis les hard mods, ont toujours le vent en poupe. Elles sont portées dans le monde entier : Fred Perry, Doc Martens, Ben Sherman, le blouson Harrington, etc.

Mods : la bande son